La rédaction du Patriote

Triste anniversaire

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2306, Social on 16 décembre 2011 at 10:06

Un bruit sourd, la porte défoncée, des policiers qui investissent les couloirs de l’immeuble, des familles déboussolées dont 40 enfants qui se réveillent dans cette ambiance de confusion… Ils étaient 115 et ont été expulsés en plein hiver à six heures du matin… C’était le 8 décembre de l’année dernière dans le centre ville de Nice.

 

C’est justement ce triste anniversaire qu’ils sont venus commémorer à leur manière. Un an plus tard, plusieurs membres d’associations et citoyens révoltés se rappellent encore les faits. 115 demandeurs d’asile dont 40 enfants s’étaient installés dans un immeuble vide de l’avenue Georges Clémenceau en novembre de l’an dernier. Avec le soutien de plusieurs associations qui dénonçaient le manque de logements et d’assistance, ils ont pu trouver un toit convenable en attendant une solution de la part des services sociaux.

La joie a été de courte durée. En effet, le CHU de Nice, propriétaire des lieux, a porté plainte et obtenu l’expulsion de ces familles dans un temps record,  alors que les locaux étaient abandonnés depuis plus de cinq ans.

La préfecture, entre temps, avait été condamnée par le tribunal administratif de Nice avec une amende et des astreintes pouvant atteindre les 1000 euros par jours et par personne tant que ces familles n’étaient pas relogées ou hébergées. Cela n’a pas arrêté le préfet qui a ordonné l’intervention des forces de l’ordre afin de mettre les familles à la rue. Aucune proposition ne leur a jamais été faite.

« Un an plus tard, l’immeuble est toujours vide », remarque Michel Abada, membre du collectif qui a suivi les familles pendant et après l’occupation de ce que les associations ont dénommé « la maison grise ». Il dénonce les pressions exercées sur ces familles. « Il y a notamment une femme seule avec ses deux enfants qui a dû repartir dans son pays d’origine. Les services de police voulaient qu’elle laisse les deux enfants et reparte seule », explique-t-il.

Tous ont été logés pendant quelques mois, suite à l’expulsion et grâce à l’argent récolté. La vie a repris son cours. Beaucoup de femmes sont rentrées chez elles avec les enfants. « Les maris risquent leur vie s’ils rentrent, donc ils sont restés en France mais ont changé de région. Ici on fait tout pour dissuader les demandeurs d’asile de rester », ajoute Michel Abada.

Parmi les personnes présentes, Samuel, jeune étudiant à Nice, n’était pas là au moment des faits. « Je suis touché par ce genre d’événement », dit-il. Plus loin Noémya, était de permanence le jour de l’expulsion : « C’est révoltant ! On a mis toutes ces personnes dehors en plein hiver alors qu’on constate que l’immeuble est toujours vide. Ils avaient dit à l’époque que le bâtiment serait rapidement réaménagé ».

Un reportage réalisé le jour de l’expulsion a permis de rappeler ces moments dramatiques. Un spectacle honteux, malheureusement pas isolé. Des pleurs, de la colère… deux femmes ont pris à partie le représentant du préfet, en vain. « Ils auraient pu éviter de faire tout ça de cette manière si violente », commente un militant.

Les images qui tournent montrent les enfants sur le trottoir, des mères l’air très digne mais au fond désespérées… de l’autre côté, dépourvus de toute humanité, les services de la préfecture, la représentante du CHU, les forces de l’ordre.

Lidice BUSOT

 

 

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