La rédaction du Patriote

Le racisme, à pas de Guéant

In n°2305, Politique on 9 décembre 2011 at 12:11

Après les sans-papiers, dans le viseur depuis longtemps, le gouvernement vise maintenant l’immigration régulière. Dans le cadre du lancement d’une campagne présidentielle qui chassera à nouveau en terre extrême.

C’est le ministre de l’Intérieur Claude Guéant qui le fanfaronnait récemment : la France accepte trop d’étrangers en situation régulière chaque année, il faut donc limiter l’immigration légale en agissant notamment sur les demandes d’asile, le regroupement familial ou le recrutement des étrangers, dont les étudiants en fin de cycle. Autre mesure, confirmée ce mardi par Claude Guéant : croiser les fichiers des étrangers avec celui de la sécurité sociale pour mieux lutter contre la fraude. « Il n’y a pas de ciblage particulier des personnes de nationalité étrangère », a assuré le ministre. Belle oxymore, qui confirme que les recettes de Nicolas Sarkozy en 2007 seront à nouveau appliquées en 2012. Le responsable départemental du syndicat CGT le confirme : « Au niveau de la stigmatisation des étrangers, nous voyons que le thème bat son plein dans les rapports que nous entretenons avec la préfecture pour les dossiers des sans-papiers, explique Didier Turrini. Dans cette période où le gouvernement est dans l’incapacité de faire baisser le chômage, ce sont les sans-papiers qui sont les boucs émissaires, alors que pour la plupart ils occupent des postes qui ne sont pas déclarés donc ils ne pourraient en aucun cas participer à la hausse du chômage. »

Institutions. Bernard Neuville, responsable de l’association Vie & Partage qui vient notamment en aide aux demandeurs d’asile s’interroge sur l’attitude du ministre. « Nous avons un ministre de la République qui s’autorise à dire que les demandes d’asile ne sont pas toujours sincères et qu’elles masquent des immigrations économiques. A quoi servent les institutions ? L’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) travaille à cela, même si les conditions dans lesquelles elle le fait s’abîment, c’est un organisme qui existe ! C’est lui qui est censé évaluer la véracité de la demande. D’ailleurs, l’écrasante majorité des dossiers sont rejetés, ça il faut le savoir. Alors, si le ministre doute des institutions, où va-t-on ? » Déjà, pour lui, le traitement des demandes d’asile avait vécu un tournant avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir. Par le changement de tutelle de cet organisme. Avant, l’Ofpra était placé sous l’égide du ministère des Affaires Etrangères, puis sous Brice Hortefeux, il a dépendu du ministère de l’Immigration pour maintenant appartenir au ministère de l’Intérieur. « Cela montre qu’il n’y a plus de vision de respect des engagements internationaux mais que cela devient une variante de gestion du flux migratoire. Le mal était déjà fait. »

Effets durables. Amnesty International dresse un constat qui n’est pas très éloigné. Jacques-Noël Bouttefeux-Leclercq rappelle l’épisode de la gestion des émigrés tunisiens à la frontière entre la France et l’Italie : « Dans les Alpes-Maritimes, on a connu la façon dont on a bloqué la frontière en dépit des conventions internationales. Le problème, c’est que nous sommes dans un état de droit, mais que tous les jours, on détourne ces droits. » De manière parfois ubuesque. « Qu’est ce que c’est que cette histoire de renvoyer ceux qui ne sont pas ressortissants européens une fois leurs études finies ? C’est une connerie monumentale ! On marche sur la tête, on dessert nos propres intérêts pour essayer de récupérer quelques voix à l’extrême droite. » Pour autant, lorsqu’on ajoute cette énième déclaration autour de ce thème à celles déjà nombreuses lors du débat sur l’identité nationale, sur les Roms et autres, cela crée tout un climat qui peut s’installer dans la durée. Ainsi Christian Masson, pour le Mrap (Mouvement contre le racisme) estime que ces propos ne sont pas que liés à la période présidentielle. « Ce n’est pas uniquement conjoncturel, mais aussi lié à la crise. Il y a un repli sur soi identitaire. Cela rappelle la politique des années 30 avec les Polonais et les Belges à l’époque qui étaient renvoyés chez eux en masse. Je pense malheureusement que cela aura des effets beaucoup plus longs et graves sur notre société. »

R.F.

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