La rédaction du Patriote

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Nouvelle carte de l’intercommunalité : Circulez, y a rien à voir !

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2306, Politique on 16 décembre 2011 at 10:09

Les grilles du Palais Sarde à Nice sont restées fermées à des manifestants motivés par des revendications légitimes, tandis que sous les ors du bâtiment se jouait l’avenir du découpage administratif du département des Alpes-Maritimes.

 

La Commission départementale de la coopération intercommunale se réunissait une ultime fois en 2011, avant que le nouveau découpage du département ne soit effectivement adopté par 34 voix pour, 11 contre (Francis Tujague, Noël Albin, Gérard De Zordo, Emile Tornatore, André Aschieri, Marie-Louise Gourdon, Patrick Allemand, Marc Daunis, Maxime Coullet, Michèle Tabarot, Henri Leroy), et une abstention (le maire de Cannes Bernard Brochand). Quatre heures de prises de paroles auront suffi à ceux qui le soutenaient pour entériner le schéma proposé par le préfet. A savoir, des Alpes-Maritimes divisés en six différentes intercommunalités : Communauté d’agglomération de la Riviera française étendue à toute la vallée de la Roya, la Communauté de communes du Pays des paillons, la Métropole niçoise (séparant littéralement le territoire en deux parties distinctes), la Communauté d’agglomération de Sophia-Antipolis étendue, les Communautés de communes Cians Var Vallée d’Azur fusionnées, et la Communauté Scot de l’ouest (regroupant notamment des communes isolées : Cannes, Mandelieu, Le Cannet, Théoule).

En force. Le problème, c’est que cela s’apparente à un passage en force. Le vote de vendredi ne reflète pas la position de la plupart des communes. Sur les 163 qui composent le département, 112 d’entre elles ont voté contre en Conseil municipal. 35 syndicats sur 38 ont rejeté le schéma du préfet, et 11 intercommunalités sur 14. Il faut aussi évoquer les référendums organisés à Mouans-Sartoux où dans la vallée de la Roya, et dont le résultat négatif, on s’en rappelle, était sans appel.

Quelle représentation avait donc cette Commission pour que le vote entérine d’une manière aussi nette un projet vraisemblablement rejeté par la population quand celle-ci a pu s’exprimer ? Dehors, sur la place Pierre Gautier, quelques dizaines de manifestants voulaient pouvoir exprimer leurs revendications. Ils n’ont pas pu entrer. « Cette manifestation n’a pas été déclarée, se défendait le préfet Jean-Michel Drevet. Il y a parmi les personnes présentes, continuait-il sans sourciller, des gens qui ont semé la perturbation lors de précédentes réunions, j’ai donc demandé à la police de ne pas les laisser entrer. » Pourtant, la séance était publique. « Oui, il y a du public. » Effectivement. Trié sur le volet. Enième exemple de la tendance actuelle en ce qui concerne des réunions importantes : elles ont lieu en vase clos.

Démocratie galvaudée. Devant les grilles, les manifestants réclamaient une concertation et une reconnaissance de la population. Craignant par dessus tout la réelle perte d’indépendance des communes.

A l’intérieur, le maire de Contes et Conseiller général Francis Tujague proposait un amendement. « Je demande la modification du schéma pour permettre la création d’une communauté de commune de la Roya composée des communes de Tende, La Brigue, Saorge, Fontant et Breil s/ Roya. » Refusé. La Communauté de la Riviera française englobera tout le périmètre.

D’autres, à l’instar du maire de Mouans-Sartoux André Aschieri, penchaient pour un moratoire. Balayé d’un revers de main. L’amendement n’a même pas été soumis à la commission.

En résumé et pour faire très court : la population ne décide pas de son avenir. Ni même les élus d’ailleurs. Seuls quelques privilégiés ont dessiné entre eux la nouvelle carte des Alpes-Maritimes.

RF

 

Médecins du monde interpelle la politique

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2306 on 16 décembre 2011 at 10:08

A l’occasion de l’exposition Exil, Exit ? à Nice au Museaav, l’ONG Médecin du monde organisait un débat sur la situation des migrants.

Pendant un mois, Médecins du monde s’est installé au Museaav place Garibaldi et propose une superbe exposition de photos d’Olivier Jobard au sous-sol sur les migrants à travers l’Europe au travers d’une scénographie originale alternant photographies sur pied et salle obscure où les photos sont éclairées à la lampe torche*.

Samedi dernier était organisé un débat où Médecins du monde voulait interpeller le monde politique sur la situation des migrants en France. A la tribune, on retrouvait le Dr Olivier Bernard, président de Médecins du Monde, le Dr Bernard Granjon, ancien président de MdM, responsable de la mission Turquie et Patrick Allemand, vice-président du conseil régional PACA, premier secrétaire de la fédération 06 du PS. Malheureusement (et sans surprise) tous les élus UMP s’étaient défilés ou désistés. Alors qu’ils n’hésitent à empoigner cette question pour ramener à eux les voix extrémistes de droite, ils se débinent quand il faut évoquer en public ce problème.

Soins psychologiques. Le modérateur, Julien Gaertner, docteur en Histoire et enseignant chercheur à l’unité de recherche  » Migrations et Société » de l’université de Nice l’introduisit par un bref historique sur l’immigration en France et son impact politique apparu après 1968. Patrick Allemand pointa inévitablement du doigt l’absence d’élus UMP « On peut voir que le débat vit à gauche mais pas à droite » et fit la différence entre migrants et immigration. Sur ce point, Bernard Granjon voulut resituer à l’échelle internationale ces migrations : « La plupart des migrants migrent de pays pauvres à pauvres. Seuls 30% des migrants vont dans les pays riches » Il ne faudrait donc pas voir ce problème par le petit bout égoïste de la lorgnette occidentale pour bien le saisir. La Turquie ou la Tunisie accueillent beaucoup plus de migrants que la France.

L’action de MdM est donc importante dans tous les pays qui sont autant d’étapes de ces migrations. « Nous travaillons avec une population précaire que ce soit au Rwanda ou en Europe. Mais quand c’est près de chez nous, cela questionne plus. Nous avons 22 centres en France comme à Nice ou Marseille, où nous soignons une population très fragile qui a besoin de soins chroniques et durables » expliqua Olivier Bernard. La première maladie des migrants est avant tout d’ordre psychologique précisa Bernard Granjon « ce qui créé de la violence et pénalise la société. » D’autant que la situation semble empirer. En effet, petit à petit, l’actuel gouvernement grignote l’avancée sociale importante de 1998/2000 et l’accès aux soins pour tous.

Politiquement lisse. Ainsi devant une cinquantaine de personnes s’est tenu un échange intéressant quoique par moment un petit peu trop politiquement correct. Il faut attendre quelques interventions et la dernière prise de parole pour entendre un discours remettant en cause le système économique actuel qui exploite les richesses des pays pauvres. Car Patrick Allemand s’est peu aventuré sur cette question expliquant qu’il ne fallait pas répartir la richesse mais : « aider les pays à se nourrir par eux-mêmes. » Ainsi il ne remet pas en cause le système économique qui maintient ces pays sous une forme de colonisation économique les privant de leurs richesses. Car le nerf de la guerre est quand même là. Terminons sur la belle phrase de Bernard Granjon « Quand on touche aux migrants, on touche à nous même. » A méditer et une exposition à visiter jusqu’au 23 décembre.

Julien Camy

Triste anniversaire

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2306, Social on 16 décembre 2011 at 10:06

Un bruit sourd, la porte défoncée, des policiers qui investissent les couloirs de l’immeuble, des familles déboussolées dont 40 enfants qui se réveillent dans cette ambiance de confusion… Ils étaient 115 et ont été expulsés en plein hiver à six heures du matin… C’était le 8 décembre de l’année dernière dans le centre ville de Nice.

 

C’est justement ce triste anniversaire qu’ils sont venus commémorer à leur manière. Un an plus tard, plusieurs membres d’associations et citoyens révoltés se rappellent encore les faits. 115 demandeurs d’asile dont 40 enfants s’étaient installés dans un immeuble vide de l’avenue Georges Clémenceau en novembre de l’an dernier. Avec le soutien de plusieurs associations qui dénonçaient le manque de logements et d’assistance, ils ont pu trouver un toit convenable en attendant une solution de la part des services sociaux.

La joie a été de courte durée. En effet, le CHU de Nice, propriétaire des lieux, a porté plainte et obtenu l’expulsion de ces familles dans un temps record,  alors que les locaux étaient abandonnés depuis plus de cinq ans.

La préfecture, entre temps, avait été condamnée par le tribunal administratif de Nice avec une amende et des astreintes pouvant atteindre les 1000 euros par jours et par personne tant que ces familles n’étaient pas relogées ou hébergées. Cela n’a pas arrêté le préfet qui a ordonné l’intervention des forces de l’ordre afin de mettre les familles à la rue. Aucune proposition ne leur a jamais été faite.

« Un an plus tard, l’immeuble est toujours vide », remarque Michel Abada, membre du collectif qui a suivi les familles pendant et après l’occupation de ce que les associations ont dénommé « la maison grise ». Il dénonce les pressions exercées sur ces familles. « Il y a notamment une femme seule avec ses deux enfants qui a dû repartir dans son pays d’origine. Les services de police voulaient qu’elle laisse les deux enfants et reparte seule », explique-t-il.

Tous ont été logés pendant quelques mois, suite à l’expulsion et grâce à l’argent récolté. La vie a repris son cours. Beaucoup de femmes sont rentrées chez elles avec les enfants. « Les maris risquent leur vie s’ils rentrent, donc ils sont restés en France mais ont changé de région. Ici on fait tout pour dissuader les demandeurs d’asile de rester », ajoute Michel Abada.

Parmi les personnes présentes, Samuel, jeune étudiant à Nice, n’était pas là au moment des faits. « Je suis touché par ce genre d’événement », dit-il. Plus loin Noémya, était de permanence le jour de l’expulsion : « C’est révoltant ! On a mis toutes ces personnes dehors en plein hiver alors qu’on constate que l’immeuble est toujours vide. Ils avaient dit à l’époque que le bâtiment serait rapidement réaménagé ».

Un reportage réalisé le jour de l’expulsion a permis de rappeler ces moments dramatiques. Un spectacle honteux, malheureusement pas isolé. Des pleurs, de la colère… deux femmes ont pris à partie le représentant du préfet, en vain. « Ils auraient pu éviter de faire tout ça de cette manière si violente », commente un militant.

Les images qui tournent montrent les enfants sur le trottoir, des mères l’air très digne mais au fond désespérées… de l’autre côté, dépourvus de toute humanité, les services de la préfecture, la représentante du CHU, les forces de l’ordre.

Lidice BUSOT

 

 

Le racisme, à pas de Guéant

In n°2305, Politique on 9 décembre 2011 at 12:11

Après les sans-papiers, dans le viseur depuis longtemps, le gouvernement vise maintenant l’immigration régulière. Dans le cadre du lancement d’une campagne présidentielle qui chassera à nouveau en terre extrême.

C’est le ministre de l’Intérieur Claude Guéant qui le fanfaronnait récemment : la France accepte trop d’étrangers en situation régulière chaque année, il faut donc limiter l’immigration légale en agissant notamment sur les demandes d’asile, le regroupement familial ou le recrutement des étrangers, dont les étudiants en fin de cycle. Autre mesure, confirmée ce mardi par Claude Guéant : croiser les fichiers des étrangers avec celui de la sécurité sociale pour mieux lutter contre la fraude. « Il n’y a pas de ciblage particulier des personnes de nationalité étrangère », a assuré le ministre. Belle oxymore, qui confirme que les recettes de Nicolas Sarkozy en 2007 seront à nouveau appliquées en 2012. Le responsable départemental du syndicat CGT le confirme : « Au niveau de la stigmatisation des étrangers, nous voyons que le thème bat son plein dans les rapports que nous entretenons avec la préfecture pour les dossiers des sans-papiers, explique Didier Turrini. Dans cette période où le gouvernement est dans l’incapacité de faire baisser le chômage, ce sont les sans-papiers qui sont les boucs émissaires, alors que pour la plupart ils occupent des postes qui ne sont pas déclarés donc ils ne pourraient en aucun cas participer à la hausse du chômage. »

Institutions. Bernard Neuville, responsable de l’association Vie & Partage qui vient notamment en aide aux demandeurs d’asile s’interroge sur l’attitude du ministre. « Nous avons un ministre de la République qui s’autorise à dire que les demandes d’asile ne sont pas toujours sincères et qu’elles masquent des immigrations économiques. A quoi servent les institutions ? L’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) travaille à cela, même si les conditions dans lesquelles elle le fait s’abîment, c’est un organisme qui existe ! C’est lui qui est censé évaluer la véracité de la demande. D’ailleurs, l’écrasante majorité des dossiers sont rejetés, ça il faut le savoir. Alors, si le ministre doute des institutions, où va-t-on ? » Déjà, pour lui, le traitement des demandes d’asile avait vécu un tournant avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir. Par le changement de tutelle de cet organisme. Avant, l’Ofpra était placé sous l’égide du ministère des Affaires Etrangères, puis sous Brice Hortefeux, il a dépendu du ministère de l’Immigration pour maintenant appartenir au ministère de l’Intérieur. « Cela montre qu’il n’y a plus de vision de respect des engagements internationaux mais que cela devient une variante de gestion du flux migratoire. Le mal était déjà fait. »

Effets durables. Amnesty International dresse un constat qui n’est pas très éloigné. Jacques-Noël Bouttefeux-Leclercq rappelle l’épisode de la gestion des émigrés tunisiens à la frontière entre la France et l’Italie : « Dans les Alpes-Maritimes, on a connu la façon dont on a bloqué la frontière en dépit des conventions internationales. Le problème, c’est que nous sommes dans un état de droit, mais que tous les jours, on détourne ces droits. » De manière parfois ubuesque. « Qu’est ce que c’est que cette histoire de renvoyer ceux qui ne sont pas ressortissants européens une fois leurs études finies ? C’est une connerie monumentale ! On marche sur la tête, on dessert nos propres intérêts pour essayer de récupérer quelques voix à l’extrême droite. » Pour autant, lorsqu’on ajoute cette énième déclaration autour de ce thème à celles déjà nombreuses lors du débat sur l’identité nationale, sur les Roms et autres, cela crée tout un climat qui peut s’installer dans la durée. Ainsi Christian Masson, pour le Mrap (Mouvement contre le racisme) estime que ces propos ne sont pas que liés à la période présidentielle. « Ce n’est pas uniquement conjoncturel, mais aussi lié à la crise. Il y a un repli sur soi identitaire. Cela rappelle la politique des années 30 avec les Polonais et les Belges à l’époque qui étaient renvoyés chez eux en masse. Je pense malheureusement que cela aura des effets beaucoup plus longs et graves sur notre société. »

R.F.

Bientôt la fin des inscriptions sur les listes électorales

In n°2305, Politique on 9 décembre 2011 at 12:09

Plus que quelques jours avant la fin de l’année et la fermeture des inscriptions sur les listes électorales. L’année 2012 sera, en effet, marquée par deux élections importantes. D’une part, la présidentielle, le 22 avril et le 6 mai, et ensuite les 10 et 17 juin les élections législatives.

Au service des élections de la ville de Nice ça se bouscule. 2012 nous réserve des échéances importantes et les Niçois comptent bel et bien ne pas manquer ce rendez-vous. « A la fin du mois de novembre nous avons enregistré 12 100 nouvelles inscriptions contre environ 11 000 à la même période en 2006, année précédant la dernière élection présidentielle », explique Marc Dotta, directeur du service des élections de la Ville de Nice.

Dans le service, tout est prévu pour accueillir les nouvelles inscriptions qui risquent d’arriver en masse dans les jours qui viennent. Juste le dernier samedi du mois de décembre 2006 -à la veille de la dernière présidentielle- les agents ont enregistré 880 dossiers dans la journée. Cette fois-ci, ils souhaiteraient que les retardataires prennent de l’avance afin d’éviter que le dossier ne soit pas reçu par manque ou péremption des pièces justificatives demandées.

Les démarches requises sont assez simples. « Cela peut même se faire sur Internet », précise le conseiller municipal Auguste Vérola. Il suffit de se connecter sur le site http://www.mon.service-public.fr. Les justificatifs -pièce d’identité et preuve du domicile- doivent être numérisés. Selon les statistiques du service des élections niçois, 10% des inscriptions se font sur internet. Cependant, la démarche peut se faire personnellement au service des élections de toutes les mairies annexes.

Inscrits d’office. Les jeunes qui auront 18 ans avant le 29 février sont inscrits d’office, grâce au recensement lors de la journée défense et citoyenneté (JDC), une étape obligatoire l’année de leur majorité. Mais 15% d’entre eux passent au travers de cette procédure automatique. Toutes les personnes qui viennent d’obtenir la nationalité française sont également inscrites d’office.  

Quant aux jeunes actifs de plus de 18 ans, qui vivent chez leurs parents, ils devront fournir la taxe d’habitation de ces derniers ainsi qu’une attestation sur l’honneur. Les étudiants devront présenter leur carte d’étudiant de l’année scolaire en cours.

En tous les cas, le service des élections sera ouvert le samedi 31 de 8h30 à 17h. Dans d’autres villes, comme Cannes, par exemple, les bureaux ne seront ouverts que jusqu’au vendredi.

Sur les listes électorales, 43,2 millions de Français sont enregistrés. Les inscriptions sont obligatoires selon le code électoral, cependant, les non inscrits n’encourent aucune sanction pénale. Selon l’INSEE, juste avant la présidentielle de 2007, près de 1,4 million de personnes figuraient pour la première fois sur les listes (soit 3,4% du corps électoral). Pour 2012 ils estiment que le nombre d’inscriptions sera deux à trois fois plus important et pourrait atteindre les cinq millions.

Vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire, si vous n’êtes pas encore inscrit, car, voter est un acte citoyen. Comme l’a rappelé, à juste titre, Auguste Vérola : « aujourd’hui en France, il y a trop de problèmes internes et externes pour rester chez soi ».

Lidice BUSOT

King Eric enchaîné

In Culture, n°2305 on 9 décembre 2011 at 12:08

Eric Cantona interprète le Père Ubu dans la pièce Ubu enchaîné. Après Grasse, cette farce sur la dictature de la liberté se jouera à Nice. Cantona y est époustouflant.

Au théâtre de Grasse le week-end dernier, Eric Cantona interprétait le rôle d’Ubu dans Ubu enchaîné, œuvre d’Alfred Jarry. Cette pièce écrite en 1900 et peu jouée a été revisitée par le metteur en scène anglais Dan Jemmet. Dans cette suite d’Ubu roi, Père Ubu ne veut plus diriger et décide de devenir esclave pour servir quiconque le voudra. Mais son caractère autoritaire, sa personnalité despotique prenne le dessus et bientôt les hommes libres viendront le voir, lui dans sa prison pour lui demander de les libérer et de les servir. Pour, Alfred Jarry, choisir l’esclavage serait ainsi la liberté tandis que les hommes libres seraient prisonniers de leurs décisions. Les notions de liberté et de dictature ne sont donc pas toujours là où l’on croit. Telle est la morale perverse de cette pièce qui, dans un délire de mots et de situations, voit en l’humanité une finalité absurde et inévitable. Jarry connaissait bien les vices et les travers humains.

Mettre en scène le texte de Jarry n’est jamais facile tant le vocabulaire, les formulations et la langue employés sont précises et grotesque. Ne pas faire trop, ni trop peu. Cantona y met toute son énergie et se déchaîne sur son fauteuil dont il ne bougera pas de toute la pièce. Enfermé derrière des barreaux, l’action d’un rideau le révèle au spectateur puis le cache, le révèle à nouveau et ainsi de suite. L’iconoclaste Dan Jemmet a fait preuve d’inventivité et de prises de risque en choisissant une représentation absurde, presque abstraite, resserrée autour de 3 acteurs et un mécanisme digne des théâtres de Guignol mettant en scène sur la scène le Père Ubu. Théâtre dans le théâtre. Père Ubu est un Guignol grotesque et terrifiant.

Face à lui, Giovanni Calo interprète ces « hommes libres » au travers de sa voix ou d’objets comme un œuf, des tartines de pain, des fleurs, etc. Il fait ce lien entre les actes et peu à peu se retrouve abattu par le personnage du père Ubu. « Corneguidouille ! Merdre ! » La voix rocailleuse à l’accent méditerranéenne de Cantona dévale le texte de Jarry avec plaisir et truculence. Il impose son charisme et sa présence à la terre entière. Il est le père Ubu dans toute sa hargne et son énergie. Dans l’intimité de la salle du théâtre de Grasse, il harangue le public avec à ses côtés la vulgaire Mère Ubu habillée comme une prostituée. Il est le Roi. King Eric manie les insultes jarriesque aussi bien que le ballon, avec toute la prétention et l’assurance qu’il faut. Cantona est le parfait guignol de cette farce terrifiante où Dan Jemmett réussit à marier sa mise en scène avec le texte de Jarry sans que la particularité de l’un ne vienne éteindre la force de l’autre. Du grand art et du beau théâtre.

Julien Camy

Ubu enchaîné – Théâtre National de Nice du 14 au 17 décembre

http://www.tnn.fr – 04 93 13 90 90