La rédaction du Patriote

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Un autre festival possible

In Cette semaine dans Le Patriote, Culture, n°2300 on 4 novembre 2011 at 11:45

« Tel un diable hautain planqué entre le sommet du G20 de Cannes et le [Festival] Manca* niçois annuel, le Festival Manké – dixième édition ! –  offre en 2011 une riche mixture (dé)mondialisée, qui met en lumière encore et toujours la marge et les avant-gardes. » Voilà comment les trois fondateurs présentent cette édition. Car le festival Manké, c’est trois artistes-performeurs : Marcel Bataillard, Frédérik Brandi et Kristof Everart. Une réunion d’esprits « insupportables ». C’est ainsi que les a défini Ben Vautier.

Les Insupportables présentent en 2011, la dixième édition de leur festival Manké. Evidemment, toujours à la même période, celle du festival des Manca. N’y voyait pas là une coïncidence fortuite et si vous leur demandez s’il y a un lien, ils vous répondront la formule classique : « toutes ressemblance avec un festival existant… » etc. Insupportables, on vous a dit. Cependant, depuis 10 ans ils proposent des créations et performances artistiques piquantes, déroutantes, originales, impolies, incorrectes…« Indifféremment qualifiés par les braves gens de staliniens de droite, nazis de gauche, crapules pro-Serbes, Corses dégénérés ou snobs incohérents, les trois insupportables, proclamant avec Oscar Wilde que « l’art médiocre est toujours le fruit de bonnes intentions », tentent depuis quelques années de revitaliser la fonction sociale volcanique du happening, en réalisant des interventions musicales, picturales et littéraires qui ne fréquentent le bon goût qu’avec la plus extrême modération. » peut-on lire sur leur site. Tout cela est donc hors des circuits traditionnels et se veut libre de ton, de sujets, de formes. La libre création s’exprime sans aucun filet « hors des frontières de l’UE, de l’OMC et de l’ONU. »

G20Q. Pour cette nouvelle édition (10, 12 et 19 novembre), il y aura des performances (le 10), des performances+ciné-concerts+performances (le 12) et des concerts (le 19). Les trois zigotos insupportables parfois appelés les Guignols Band ou Power Trio en seront bien évidemment avec à côté d’eux : Guignol’s Band, Fabien de Chavanes, Vladimir Poutine&Guest, René Clair, Erik Satie, Provoko Al Fracaso…

Les Insupportables ouvriront le festival avec une performance intitulée « La… Culture. ». Les titres des autres performances et concerts restent énigmatiques mais notre attention altermondialiste se portera sur le « G20Q ? », le « Welcome » (12/11) ou le « New Global Disorder » (19/11), et notre sens du jeu de mot aime bien le « Petit bal perdu » (12/11).

Cela peut paraître n’importe quoi, mais ça ne l’est pas du tout. Bien au contraire, ce festival de musique contemporaine et d’happenings titillent et dérangent les méninges comme il le faut. Il fait rire et c’est rare dans le milieu de l’art et de la musique contemporaine (ou moderne) plutôt coincé.

R.C.

 

*Voir Patriote de la semaine dernière

Plus d’infos sur : http://lesinsupportables.com/

Anti-G20 à Nice: défilé… de témoignages

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2300, Politique, Social, Uncategorized on 4 novembre 2011 at 11:42

Denis Robert, journaliste, écrivain, et célèbre pour sa lutte contre les paradis fiscaux. « Je n’ai pas été manifester dans l’après-midi car je ne me sens pas altermondialiste. Mais on a beaucoup insisté pour que je vienne ce soir, dans le cadre de cette soirée festive. Le lendemain, j’interviendrai dans un lycée et je suis particulièrement content d’être là. C’est aussi grâce à ces personnes que j’ai pu me sortir financièrement des énormes coûts engendrés par les multiples procès. Plus de 4 000 personnes ont donné à mon comité de soutien. Vous savez, mon combat contre Clearstream a été long et très éprouvant, mais je n’ai jamais été déprimé. Au final, ce qui me réconforte, c’est qu’ils ont tout perdu, et que récemment, la Cour de Cassation m’a donné raison. Du coup, j’ai espoir dans la suite puisque je pars du principe qu’on ne peut pas me donner raison sur le plan judiciaire et laisser prospérer ce système que je dénonce : celui des chambres de compensation. En fait, je considère qu’il n’est pas très compliqué de contrôler, voire juguler cette crise financière : il faut parler des back-offices des banques. Imaginez une somme comme celle qui émerge des comptes de Clearstream, celle qu’elle a annoncée en début d’année comme étant les valeurs conservées dans ses comptes : 11,4 trillions d’euros.

Oui les politiques peuvent reprendre la main avec un minimum de volonté ! »

Franco, ex-sénateur italien (Rifondazione Comunista). « En Italie, nous avons eu une fracture sociale avec beaucoup de décrets à l’encontre des intérêts des salariés, nous avons eu une coupure brutale du budget social. On prévoit de rehausser l’âge légal de départ à la retraite dans quelques années à 67 ans, nous avons eu un plan de privatisation énorme… Nous pouvons nous retrouver dans une situation plus difficile que la Grèce.  Il y a beaucoup de collectivités territoriales qui ont investi dans les produits dérivés à risque. Tôt ou tard elles finiront par éclater et personne ne sait ce que se produira alors. Nous, l’Espagne, le Portugal, la France, nous sommes tous impliqués jusqu’au cou car il suffira d’un tout petit incident dans un remboursement de l’une de ces dettes pour provoquer une vraie catastrophe. Ils ne comprennent manifestement rien de ce qu’il se passe ces Messieurs G20.

Tout ceci n’est que la conséquence logique et implacable des choix politiciens. Celui par exemple de mentir en prétendant que ces dettes étaient soutenables à court, moyen et long terme. Celui, par exemple, de penser qu’acheter la paix sociale maintenant valait largement les sacrifices du futur ».

 

Marion, membre d’Oxfam. « Oui, nous sommes les Robins de bois modernes, car nous voulons prendre aux riches pour donner aux pauvres et ainsi rétablir l’égalité dans le monde. On voit bien que ça ne fonctionne pas aujourd’hui. Les politiques veulent faire combler le déficit public alors que ce sont qui l’ont créé. Nous demandons au gouvernement de mettre en place une taxe sur les transactions financières de 0.05%. Des centaines de milliards d’euros seraient ainsi récupérés pour lutter contre la pauvreté et le changement climatique ».

Jay, de l’association KFCLU (Korean Federation of Clerical & Financial Labor Unions). « Nous venons de Corée du sud, là où notre mouvement est né lors du dernier sommet de ce type, en 2010. Oui à la taxe Tobin, il faut mettre les gens avant la finance. Un autre monde est possible, autant de slogans que l’on partage avec tous les altermondialistes. Nous savons que l’instauration d’une telle taxe financière sur les transactions ne suffira pas à réguler la finance globale, mais si le G20 prenait, ici à Nice, une telle décision, ce serait un signal fort et un moment critique pour l’économie globalisée. A Séoul, nous avons lancé le mouvement Occupy Yeouido qui marche bien. Mais la solidarité ne doit pas être que nationale, elle doit s’exporter à l’international ; c’est ce que nous pensons vraiment, et c’est la raison de notre présence à Nice. Nous chantons et continuerons à le faire que nous, les gens, et non le G20, sommes la vraie alternative. »

Gilles, paysan bourguignon. « En dix ans, la France a perdu un million de paysans. Le porc, par exemple, est acheté au producteur par les intermédiaires 1,30 euros le kilo, et il est revendu 10 euros en supermarché. Moi, grâce à la certification bio, je le vends 8 euros directement au consommateur. C’est vers ça qu’il faut tendre, et c’est vers l’exact opposé que les politiques actuelles nous mènent. Savez-vous que tout le saucisson vendu dans le commerce vient de truies de réforme. Des bêtes qui ne voient même pas le soleil. Pour les grands industriels, comme Justin Bridou pour ne pas le citer, le seul critère, c’est le prix. Et cela ne va pas en s’arrangeant, loin de là. En attendant, c’est notre santé qui en pâtit, forcément. »

Serena, militante de San Remo. « Nous sommes une centaine, et ça fait plaisir. Nous avons pu passer la frontière, mais cela a quand même été une épreuve. On s’est fait arrêter, bien évidemment, fouiller et cela nous a pris beaucoup de temps. Pourtant, nous sommes venus vraiment en bons enfants. Là c’est pareil, le cortège est pacifique, n’est-ce pas complètement démesuré comme surveillance policière ? Ils ont franchement peur ou quoi ? »

L’austérité façon 06

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2300, Politique on 4 novembre 2011 at 11:29

Réunion du Conseil général autour des orientations budgétaires du département pour 2012. Etait également voté le nouveau plan contre les inondations dans la plaine du Var.

Sans surprise, la priorité affichée du président du Conseil général pour l’an prochain, est la diminution de la dette. « Le département des Alpes-Maritimes prend aussi, à son échelle, ses responsabilités quant aux finances publiques. » Eric Ciotti revenait ainsi dans son introduction sur les économies déjà réalisées depuis 2008, qui sont, dit-il, de l’ordre de 113 millions d’euros. Haro dés lors, sur les dépenses de fonctionnement. « Nous faisons pression sur le fonctionnement, et nous continuerons. Depuis trois ans, ce poste budgétaire a été maintenu au même niveau : 960 millions d’euros. »

L’investissement est également en baisse comparé à ce qu’il fut ; le ratio passe à 280 euros par habitants, quand il était supérieur à 400 il y a quelques années en arrière, à la belle époque des droits de mutation florissants. Ceux-ci d’ailleurs repartent à la hausse amenant des recettes supplémentaires à hauteur de 20%. « Mais le fonds de péréquation récemment mis en place, nuançait le président, qui est une contribution des départements les plus riches à renflouer les caisses des plus mal lotis, nous demande une participation de 21 millions d’euros. »

Enfin, développait-il, l’objectif premier de cette année prochaine, est la baisse du recours à l’emprunt : c’est même, pour la première fois, d’emprunter moins que ce qua la collectivité rembourse.

Tous responsables ? « Vos orientations budgétaires, c’est l’austérité à la mode 06 ! » démarre Jacques Victor (photo) pour le groupe Communiste. Alors que, quelques instants avant, Eric Ciotti rappelait que le nombre d’agents avait fortement diminué (de 5 100 en 2008 à 4 777 en 2010, et 4 500 en 2012), l’élu du troisième canton de Nice estimait que « pour justifier ces mesures, l’accompagnement idéologique de culpabilisation de toutes les catégories de population, des collectivités territoriales, des grandes institutions, se résume derrière votre credo : la « réduction des déficits publics », comme si tous en étaient responsables au même titre. » Estimant aussi qu’il n’y a « rien à craindre d’une politique d’endettement dés lors qu’elle porte sur des investissements indispensables pour les années à venir, créateurs d’activité économique, d’emplois et de recettes par ailleurs », le locuteur du groupe Communiste détaillait longuement les raisons pour lesquelles il – le groupe – voterait contre.

« Mourir pour le triple A, grâce à la maîtrise des dépenses de fonctionnement, quelle belle ambition ! » s’exprimait l’éloquent Marc Concas pour le groupe Socialiste. Il relevait notamment que les crédits pour la forêt, pour les pôles d’excellence rurale, pour la résorption des points noirs routiers ou encore pour le « plan jeunes » ou l’aide à l’hébergement des personnes âgées n’ont pas beaucoup d’avenir dans le département.

Tous perdants ? Non, ce budget n’a pas eu les faveurs de l’opposition qui reconnaissait pourtant qu’il y avait un gagnant. « Celle qui n’aura qu’à se féliciter de cette situation, admettait Jacques Victor, c’est la Métropole imposée à marche forcée. On ignore à cet instant ce que sera l’exacte ampleur de notre contribution pour votre allégeance, mais on peut légitimement penser que le département va devenir le principal pourvoyeur de fonds de la Métropole afin de satisfaire à tous les caprices d’aménagement, tels que le Grand Stade et autres Coulée Verte, dont les très grosses entreprises vont pouvoir se repaître tandis que nos communes et nos populations seront sommées de passer à la caisse, alors même que la satisfaction de leurs besoins les plus essentiels continuera d’être ignorée. » Marc Concas demandait une session extraordinaire de l’assemblée avant la fin de l’année, pour qu’il puisse y avoir débat sur la question du schéma intercommunal proposé par le Préfet, et Marie-Louise Gourdon, élue de Mouans-Sartoux, rappelait que les élus de l’ouest du département (du SCOT de l’ouest) avaient très majoritairement voté contre ce schéma. « Vous ne nous écoutez pas, mais on saura se faire entendre », concluait-elle.

Tous payants. Vient aussi le rapport sur le Programme d’actions de prévention des inondations n°II du fleuve Var, le sympathiquement nommé Papi. Un montant global de 65 millions d’euros. « Nous avons déjà lourdement contribué au Papi n°I de ce fleuve dans le but affiché de protéger les populations mais au final plus pour préparer le terrain à l’Opération d’Intérêt National », lançait Marc Concas. « On ne voit pas beaucoup d’intervention de la part de Nice Côte d’Azur », ajoutait le grassois Jean-Raymond Vinciguerra. Une preuve déjà que Jacques Victor disait probablement vrai : le Conseil général deviendra-t-il le principal pourvoyeur de fonds de la Métropole ?

D’autres points étaient à l’ordre du jour tels que le schéma gérontologique (voir Patriote n°2299) départemental, rejeté par l’opposition.

R.F.