La rédaction du Patriote

Derrière les lignes du Front

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2292, Politique on 9 septembre 2011 at 10:03

De Hénin-Beaumont à Nice, Jean-Baptiste Malet, journaliste indépendant et actuellement employé par l’éditeur Golias, a plongé dans les arcanes du Front National pendant plus d’un an. Il a rencontré les cadres dirigeants, les opposants, des acteurs locaux et nationaux. Cela ne s’est pas fait sans danger quand il s’invitait incognito au banquet de Rivarol, de Riposte Laïque, au pèlerinage dans la maison natale du Maréchal Pétain ou encore au congrès du Renouveau français au milieu de 300 skinheads. Mieux comprendre son système et ce qui compose ce parti politique pour mieux le combattre. Entretien.

Comment se retrouve-t-on derrière ces lignes du Front ?

Cela fait très longtemps que je travaille sur l’Extrême Droite. Il faut rappeler que je suis Toulonnais. J’ai 24 ans et j’étais collégien quand le FN a tenu la mairie. En PACA, j’ai suivi beaucoup d’évènements d’extrême droite et j’étais à chaque fois frustré que l’on me demande de les montrer en épouvantail ; j’en avais marre de vendre à Rue89 des casque Nazis et des méchants SS.

Dans ce livre, je voulais montrer que dans la construction de l’argumentaire antisémite et islamophobe est similaire sémantiquement. L’antisémite des années 50 ou le négationniste à la Rivarol n’a rien à envier à l’islamophobe « laïcard » actuel. C’est toujours très violent. Et je voulais que le lecteur comprenne cela.

Tout d’abord, on est frappé par la forme narrative de votre livre.

Je lis plus de romans que de journaux, car la plupart me tombe des mains quand je lis ce que je lis ! Je suis particulièrement influencé par les œuvres de Joseph Kessel ou Georges Orwell, des auteurs à la frontière entre littérature et reportage.

Et pour ce livre, je voulais une expérience sensible et un livre qui puisse faire réfléchir tout le monde, du mec de droite pour qu’il ne glisse pas vers le FN, au socialiste pour qu’il s’aperçoive qu’il est plus proche des communistes.

Pourquoi Marine Le Pen semble-t-elle plus inquiétante que son père ?

Marine Le Pen est en train de construire une extrême droite hédoniste et sécuritaire, à mi-chemin entre la société du spectacle et un corpus de valeurs basé sur une organisation stricte.

Elle veut le pouvoir et sur le long terme, elle veut être présidente. Avec la crise que nous traversons actuellement, pourquoi ne pourrait-elle pas y croire ? Pourquoi le système ne pourrait pas s’effondrer. Et quand, on entend Louis Alliot, compagnon de Marine Le Pen, tenir un discours sur la torture en Algérie et la justifiant si c’est face à un terroriste…  On est bord du gouffre.

Pourtant le FN est un parti artisanal qui n’a pas 1/10ème de la force de frappe du PCF.

La meilleure arme du FN est donc cette société du spectacle ?

Oui, et les médias ont leur part de responsabilité. D’autant que le FN est en pleine schizophrénie médiatique. Pour exemple, Vénussia Myrtil, transfuge du NPA au FN, en décalage sur de nombreux points avec les véritables idées d’extrême droite a été très médiatisée parce qu’elle a créé du spectacle. Or, elle est juste là pour l’image. Je discutais avec un skinhead, militant du FN, très en colère : « Moi, je suis d’extrême droite. Je lis Brasillach et moi, on ne m’invite pas. »

Il faut donc trouver autre chose que « FN Fasciste ». Car cela empêche la déconstruction intellectuelle de leur discours qui pourrait alors éviter que l’ouvrier vote pour eux. On pourrait presque dire qu’agiter la photo d’un élu FN faisant le salut Nazi, les sert dans un certain sens.

Comment la gauche peut agir face à cette montée des idées d’extrême droite ?

Le FN grandit des faiblesses dans la gauche et on retrouve des éléments de critique dans mon livre. Il y a une remise en question de la gauche par rapport à la stratégie militante. Ca ne se joue pas dans les urnes. S’indigner pendant les élections, c’est bien, mais il faut être tout le temps sur le terrain. Travailler dans une association de bénévoles, c’est déjà se positionner politiquement contre le FN. Cela détruit leur matrice de la haine du faible. Il faut rappeler qu’il n’y a aucun ouvrier dans l’encadrement du FN.

Pourtant, de plus en plus de classes populaires votent pour eux ?

Les configurations sont différentes selon les régions. En PACA, c’est un FN plus traditionnel composé par les classes moyennes (artisans, petits commerçants). En Nord-Pas de Calais, c’est l’inverse. La classe ouvrière pauvre vote beaucoup pour le FN. D’ailleurs le contraste entre la bourgeoisie lilloise [centre-gauche] et Hénin-Beaumont, région ravagée économiquement et nouveau fief du FN, est saisissante.

Pourtant, à Loos-en-Gohelle (voisine d’Hénin Beaumont), la mairie Europe-Ecologie donne un espoir en essayant de responsabiliser les gens avec la démocratie locale, la participation citoyenne. Il a réussi à dépasser les erreurs du PS et du PC dans le bassin minier en faisant la synthèse des arguments de gauche.

Le changement discours plus social et « laïcard » du FN pourrait expliquer cela…

Dans mon livre, je m’entretiens longuement avec Jean-Luc Mélenchon. Pour lui, c’est un retour aux fondamentaux des années 30 et le national-socialisme rouge-brun.

C’est encore plus inquiétant !

Oui, et c’est pour cela que Jean-Luc Mélenchon répond à leur argument point par point sans posture morale. Il est le seul à le faire. Il ne se contente pas de dire que le FN est fasciste, il déconstruit les arguments un à un et on se rend compte que rien n’est applicable dans leur projet politique.

Ce week-end, le FN fait sa rentrée à Nice. Cette ville est sur leur tableau de chasse ?

Si Marine Lepen vient à Nice, ce n’est pas un hasard, L’encadrement du FN pense que Nice est une ville à sociologie d’extrême droite. La force politique de Jean-Marie Le Pen, c’était de pouvoir passer l’éponge en interne pour avancer. Sa fille suit ce chemin.

Vous voulez parler des discussions entre FN et Identitaires Niçois ?

Le courant passe avec Philippe Vardon et ils veuillent travailler ensemble sur la ville. Il y a un think-tank [laboratoire d’idées] d’extrême droite qui se réunit régulièrement à Nice. Ce ne serait pas étonnant qu’il y ait un accord sur les législatives et une candidature commune d’extrême droite aux municipales de 2014.

Entretien réalisé par Julien Camy

Conférence de presse à la maison des associations à 16h samedi 10 septembre.

Derrière les lignes du Front

www.golias.fr

– 15euros – 263 pages

 

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