La rédaction du Patriote

Archive for septembre 2011|Monthly archive page

G20 : Le peuple avant la finance

In Cette semaine dans Le Patriote, Economie, n°2295, Politique on 30 septembre 2011 at 08:47

Le sommet du G20 se tiendra à Cannes début novembre. En réponse, un collectif organise un contre G20 à Nice, du 1er au 4 novembre. L’objectif du collectif est de proposer des solutions alternatives à celles du G20 pour sortir le monde de la crise.

« Ce contre sommet sera un moment fort de mobilisation altermondialiste pour montrer d’autres voies pour sortir de la crise. » Cette phrase, signée de l’un des membres du collectif, résume parfaitement l’esprit qui animera ce grand rassemblement. Faisant suite à une année de mobilisation, des associations, des syndicats ainsi que des soutiens de partis politiques, aussi nationaux que locaux, prendront part à cet événement. Près de 10 000 personnes sont attendues par les organisateurs. Afin de recevoir tout ce monde, aussi bien lors des réunions que dans le cadre des hébergements, des demandes ont été adressées aux autorités locales pour obtenir des gymnases. Pour le moment, seule la préfecture a désiré répondre au collectif, alors que la mairie de Nice reste muette. Des réunions doivent encore avoir lieu avec la préfecture quant à l’obtention de l’occupation de la salle Leryt notamment. Un service de sécurité a également été prévu afin d’encadrer les manifestants. Mais pas seulement, comme le confie un des porte-paroles du collectif. « Nous voulons également assurer leur protection face aux forces de l’ordre, car nous voulons éviter tout dérapage possible. C’est dans notre intérêt que tout se passe bien, mais aussi dans le leur ». Voulant se placer dans la dynamique des contres sommets, comme celui du G8 du Havre, le collectif déplore le manque de liberté d’expression qu’ils subissent. Une situation qu’ils espèrent pouvoir améliorer. Outre l’organisation complexe face à laquelle ils ont à faire, une partie du programme de la manifestation a été dévoilée.

Quatre journées bien remplies. Dès le 1er novembre, une manifestation internationale est prévue. Il s’agira d’une longue marche, dont le départ se situe sur la place Garibaldi, à Nice Est. Le point d’arrivée est le stade de l’Oli. La marche passera notamment par la gare Riquier, le boulevard Saint-Roch et le quartier Bon Voyage. Un concert est prévu le soir au stade l’Oli, avec des groupes locaux et nationaux. Le mercredi 2 novembre sera dédié au forum des peuples. Une journée au cours de laquelle des actions et des ateliers-débats seront proposés par les différentes organisations membres du collectif. Un meeting sur les propositions et alternatives se tiendra en soirée. Le 3 novembre sera marqué par une manifestation aux portes de Monaco, afin de protester contre les paradis fiscaux. Les détails de l’opération ne sont pas encore connus pour le moment. Un « banquet des alternatives » devrait se tenir le soir, avec 2 à 3 000 personnes. La dernière journée sera marquée par une action finale à Nice, ainsi qu’une conférence de presse dans un hôtel cannois, dont le nom n’est pas encore connu.  Le programme précis de cette journée n’est lui aussi pas encore défini. Le Patriote y reviendra bien évidemment.

 

R.C.

Publicités

Le livre pour ralentir le monde ?

In Cette semaine dans Le Patriote, Culture, n°2295, Politique on 30 septembre 2011 at 08:46

« Où allons-nous si vite ? »Le thème du festival du livre 2011 de Mouans Sartoux s’interroge sur cette vitesse exponentielle que force notre société. Philosophes, essayistes, romanciers, bloggeuses, viendront échanger et débattre autour de cette réflexion marquée par les révolutions du printemps arabe.

Sinon, parmi les invités de l’année, on retrouve Fred Vargas, Lyonel Trouillot, Stephane Hessel, Raphael Enthoven, Hervé Kempf, Gus Massiah, Nicole Aubert… Un savant mélange entre le grand public et le plus pointu. Avant de détailler la programmation dans le prochain Patriote, Marie-Louise Gourdon, commissaire du Festival nous présente cette édition 2011.

 

De quel constat est parti ce thème ?

Nous vivons dans un monde d’accélération. Nous ressentons fortement cette frénésie dans la vie et dans l’activité familiale et professionnelle. Les outils technologiques nous embarquent dans cette vitesse. Ils nous font gagner du temps – et on les apprécie pour cela (mail, téléphone…)  mais dans un même temps, ils sont terriblement chronophages. Tout cela demande de communiquer beaucoup plus vite et donne l’impression d’être toujours en retard. Ainsi nous sommes toujours dans l’instant d’après. Alors est-ce que l’on gagne du temps ? Notre thème c’est une boîte pleine de questions qui toucheront les énergies propres toujours pas vraiment lancées contrairement au gaz de schiste qui va très vite, la pauvreté galopante, la question des femmes…

C’est pour cela que nous mettrons en avant des mouvements comme Slow food ou « Ville lente » qui vont en contrepoint de cette vitesse et exigent une prise de conscience.

Quand vous avez décidé du thème, rien ne s’était encore passé dans les pays arabes ?

Non, le thème a été décidé en décembre et en janvier les évènements ont commencé en Tunisie. Personne n’avait imaginé cela.

L’histoire se déroulait presque en direct sous nos yeux avec internet et twitter, que ce soit pour les évènements en Tunisie, Egypte, Lybie ou encore au Japon. Nous étions tout de suite au courant et on aurait aimé que cela aille toujours plus vite. J’ai eu le profond sentiment que la planète accélérait l’histoire.

Nous pouvions suivre tous ces évènements en simultané, et c’est là que naît ce sentiment d’accélération parce que des outils nous le font mesurer.

Qu’est ce que cela a modifié pour le festival ?

Justement nous nous sommes interrogés sur le printemps arabe et le rôle joué par les réseaux sociaux dans cette fulgurance/rapidité. Nous avons donc invité Lina Ben Mhenni, bloggeuse tunisienne durant les évènements qui va discuter avec d’autres invités autour de « Blog, twitter, facebook : les réseaux de la révolution ? ». Il y aura aussi un autre échange très important, entre elle et Stephane Hessel sur « L’engagement : des réseaux de résistance aux réseaux sociaux ». Et on n’évitera pas non plus d’avoir un regard critique car ces réseaux sociaux peuvent être pervertis par le pouvoir.

Peut-on dire que ce festival est un festival engagé ?

C’est un festival un peu total avec des débats, des rencontres, des films, de la musique… Et le livre comme le centre de tout : l’écrit.

Evidemment, nous posons des questions sur la société, le monde, etc… avec une pluralité des points de vue. Le fait même de se les poser est politique.

On devine quand même une sensibilité à gauche ?

Oui, mais il n’y a pas que des gens de sensibilité de gauche qui viennent au festival, à la fois comme invités et comme visiteurs. Nous tenons à cette pluralité d’invités. Nous voulons des personnes qui donnent un vrai sens à leur engagement et avec qui il est intéressant de discuter. Et le public qui vient est très varié. Nous désirons par ce festival faire avancer les choses dans les réflexions des spectateurs et des visiteurs.

 

Entretien réalisé par Julien Camy

Inauguration sous contestation

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2295, Social on 30 septembre 2011 at 08:45

Le ministre du Travail Xavier Bertrand est venu inaugurer le nouvel hôpital Pierre-Nouveau à Cannes samedi 24 septembre. Loccasion pour le personnel hospitalier et les syndicats dexprimer leur mécontentement.

Ouvert il y a déjà trois mois, le nouvel établissement de 55 000m² a couté 230 millions d’euros. De l’argent investi dans 845 lits et dans des locaux et équipements ultra modernes, mais pas dans l’embauche. Un manque d’effectifs qui fait toujours cruellement défaut comme ont voulu le faire comprendre les syndicats et personnels hospitaliers présents sur place. « Notre but est de montrer quon est là et quil y a un mécontentement, la manifestation est malheureusement devenue le seul moyen pour nous de se faire entendre » déplore le Docteur Régis Kaphan, délégué syndical des praticiens de l’hôpital de Cannes. En tout c’est 180 personnes (environ 10% du personnel de l’hôpital) qui s’étaient rassemblées au quatrième étage du bâtiment afin de surplomber le lieu du discours du ministre. Des forces de l’ordre étaient présentes en grand nombre pour éviter tout affrontement entre manifestants et le ministre. Un seul mot d’ordre : empêcher les débordements. Pour ce faire, les conseillers du ministre demandent de faire évacuer le quatrième étage (sans succès), interdisent d’accrocher des banderoles ou de parler durant l’allocution.

Les blouses ont le blues. Distribution de tracts « information public », masques sur le visage, les raisons de la fronde du personnel hospitalier sont multiples.  « Avec le nouvel hôpital les conditions d’accueil des patients se sont améliorées, mais pas les conditions de travail » souligne Régis Kaphan. En effet, l’hôpital a désormais plus de surface mais toujours aussi peu de personnel. Embauche fréquente de contractuels, congés annuels repoussés voir supprimés, heures supplémentaires constantes ; les hôpitaux de la région tournent en effectifs minimums (voir Le Patriote numéro 2294). Parallèlement, s’ajoute une pression quotidienne de la part des dirigeants et des patients. Beaucoup de salariés ont l’impression de ne plus faire leur travail. « On investit plusieurs millions dans les locaux mais rien pour ceux qui y travaillent. Pour bien fonctionner il nous faudrait 180 personnes en plus » souligne François Ingalliniera, secrétaire de la CFDT de l’hôpital de Cannes.

Ouverture du dialogue. À son arrivé, le ministre Xavier Bertrand prend les devants. « Surement par manœuvre électorale, le ministre est monté directement nous voir avant son discours pour discuter de nos problèmes » raconte François Ingalliniera. Une démarche qui surprend mais qui rassure le Docteur Kaphan : « il est resté avec nous près dune demi-heure ». Le ministre a ensuite laissé sa place au directeur de son cabinet qui s’est entretenu pendant une heure avec les syndicats. Au final deux promesses : celle de débloquer 3 millions d’euros de l’Agence Régionale de Santé, et celle de revenir soutenir de nouveau le personnel de l’hôpital lors de sa visite au G20 en novembre. Mais faut-il encore que ces promesses débouchent sur des actes. Rien ne garantie que les fonds soient effectivement débloqués ou encore qu’ils servent à l’embauche de personnel. Xavier Bertrand a su séduire le personnel présent, il ne lui reste plus qu’a convaincre.

 

Allan Blanvillain

Un train grande vitesse qui prend son temps

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2294, Politique on 23 septembre 2011 at 10:56

Les responsables du projet LGV Paca ont répondu aux questions des curieux jeudi 15 septembre à l’Acropolis de Nice. C’était l’occasion de faire le point sur l’avancement de la ligne à grande vitesse. Mais un constat s’impose: le dossier piétine et plusieurs questions restent sans réponses.

« Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Cette phrase de Socrate aurait très bien pu être extraite du débat public qui a eu lieu jeudi 15 septembre à l’Acropolis de Nice. En effet, face aux différentes craintes du public, les dirigeants en charge du projet se sont montrés fort évasifs voir muets. À la question de l’association TGV PACA sur une possible gare souterraine à Nice, Fabien Pastour, chargé de projet territorial dans le 06, répond: « Je suis incapable de vous dire ». Il a fallu six ans pour se mettre d’accord sur la ligne Nord ou Sud, puis sur les quatre scénarios possibles, et maintenant encore quatre ans de concertation sont lancées. En tout, le projet ne devrait pas voir le jour avant 2023 pour être totalement achevé en 2040. Les personnes âgées rigolent dans la salle, ils ne seront plus là pour voir cette fameuse ligne. Emmanuelle Gaziello, Conseillère municipale est révoltée: « Toutes ces années perdues pour se rendre compte que rien n’est vraiment décidé, il a fallu beaucoup moins de temps pour décider de l’Éco Vallée. On se demande qui pilote la machine! ».

Une perte de temps qui aurait pu faire économiser 4 à 5 milliards d’euros selon Jean Icart, Conseiller général subdélégué aux transports. Un particulier ironise : « Quand tout soit achevé, je serais mort et les plus jeunes présents ici seront grand-pères ou grand-mères ».

Un débat à sens unique. Devant le bouillonnement ambiant, les deux responsables de réseau ferré de France, tentent de rassurer: « Ne vous inquiétez pas, on a mis du temps mais maintenant on a de réelles possibilités de décisions ». Peine perdue, ils ne parviennent pas à convaincre, à chaque réponse c’est cinq nouvelles questions qui surgissent, comme si la réponse apportait finalement plus d’interrogations. Dans un certains domaines, ils évitent même la question. Tel est le cas lorsqu’un particulier évoque le nombre d’expropriations prévues, puis un autre, et encore un autre. En tout, trois personnes inquiètent sur ce sujet se font littéralement ignorées par les responsables présents. De même que le coût du projet, qui devrait être en partie financé sur le dos du contribuable via le Conseil régional et le Conseil général, aucune réponse. Une troisième voie? C’est alors tout le centre-ville de Nice qui serait modifié pour permettre ce tracé. Devant le scepticisme, Jean-Michel Cherrier, chef de mission LGV PACA, cherche à démontrer les avantages du projet: « Cette ligne vous en avez besoin, elle apporterait 30% de trafic en plus ce qui n’est pas négligeable ». Une réponse qui fait sourire. Emmanuelle Gaziello rétorque: « 30% de trafic en plus c’est le rejet de CO² qui augmente, c’est curieux que ça interpelle pas l’État sur l’incohérence au niveau de la norme climat/énergie. ». L’association des citoyens s’inquiète, elle, de ces nouveaux trains qui passeraient dans Nice, notamment les trains de marchandises qui risqueraient d’augmenter les nuisances sonores. Quid également de la nouvelle gare « Ouest 06 », qui devrait se situer entre Grasse et Cannes et dont l’existence n’est remise en cause dans aucun scénario.

Mais à chaque fois le public s’entend dire « rien n’est encore fait, participez aux groupes de travail thématiques si vous voulez contribuer ». En somme un débat à sens unique qui consterne le public. Emmanuelle Gaziello n’en pense pas moins: « La conférence était biaisée car leurs réponses étaient très vagues, c’était une perte de temps ».

Allan Blanvillain

Sous effectifs à l’Education nationale

In n°2294, Politique, Social on 23 septembre 2011 at 10:55

La gronde continue. Après la surcharge des classes dans les différentes sections du primaire et du secondaire, c’est le manque d’enseignants dans les collèges et lycées qui est cette fois à l’ordre du jour.

Une crise sans égal depuis près de vingt ans. C’est ainsi que Richard Ghis, secrétaire général du SNES-FSU de l’académie de Nice, voit la situation actuelle. « Nous n’avions pas connu de pareille crise du personnel depuis celle du début des années 90 ». Il est vrai qu’il y a de quoi se faire du souci. Les postes de titulaires ne sont pas tous comblés. Bon nombre d’entre eux restent vacants, et sont donc occupés par des Titulaires sur Zone de Remplacement. Un point qui fâche, puisqu’il nécessite de piocher dans les effectifs de personnel remplaçants pour des postes annuels. Qui plus est, ce type de personnel a déjà vu son nombre baisser par rapport à l’an dernier. Ils sont 860 à être considérés comme TZR pour cette année, contre 943 l’an dernier. Un chiffre dérisoire compte tenu du nombre de remplacements à assurer. L’Etat préconise 6% de personnel remplaçant. Hors, pour l’année 2010-11, l’Académie de Nice n’était qu’à 4%, et cela tend à baisser. Pour les syndicats, il en faudrait au minimum 8% afin que l’enseignement soit vraiment de qualité et que tout se passe sans problèmes.

Pour l’Académie de Nice, 68% des TZR étaient déjà réquisitionnés pour occuper des postes restés vacants au 5 septembre. Cela sans forcément prendre en compte les congés maternités et longues maladies qui étaient prévus dans certains établissements. Un élément en plus qui marque fortement le manque de personnel dans notre Académie. En arrondissant, il ne reste donc plus que 30% des effectifs pour assurer les remplacements sur le Var et les Alpes-Maritimes, qu’ils soient de courte ou de longue durée. Un tableau a d’ailleurs été établi par le SNES pour localiser les problèmes de remplacement qui risquent de se poser.

Des classes sans professeurs

Pour la région de Cannes-Grasse-Antibes, aucun remplaçant en Lettres Modernes n’est disponible. Il en va de même pour l’Anglais. Il y en avait neuf au 6 septembre, ils sont d’ores et déjà tous placés jusqu’à la fin juin 2012, et ce pour toute l’Académie. Même problème dans le var, en Histoire-Géographie, où aucun TZR n’est disponible pour les régions de Toulon et alentours ainsi que pour la partie Fréjus/Saint-Raphaël/Saint-Tropez. Le plus grave, c’est que certains établissements se retrouvent déjà sans professeurs pour assurer certains cours. Il y a cinq classes pour qui le cours de Mathématiques n’est plus assuré au collège de Breil-sur-Roya. Un poste et demi en informatique et Gestion est toujours à pourvoir au lycée Estienne d’Orves. Tout cela depuis le 6 septembre. Alors que le Rectorat appuie sur la personnalisation de l’enseignement et sa qualité, il apparaît difficile d’atteindre les objectifs fixés avec de tels problèmes.

Les professeurs ne sont pas les seuls dans ce train. Les COPSY, conseillers d’orientation psychologue, connaissent eux aussi une crise de recrutement. Bien que réclamés par les familles, il n’y en a plus un seul de disponible alors que bon nombre de postes restent vacants. Il faut également rajouter à cela le fait que certains enseignants non titulaires ne veulent plus enseigner. Compte tenu du traitement qui leur est réservé, ils préfèrent changer de voie. Un point supplémentaire qui risque d’être soulevé lors des prochaines réunions. L’ouverture d’une boite mail par le SNES permet de recueillir les informations nécessaires pour lister les classes sans professeurs. Une liste qui sera remise à l’administration afin de tenter de sensibiliser le Recteur à ces problèmes. Un comité technique paritaire est également espéré, pour faire le point sur la rentrée et essayer de faire bouger les choses, comme cela a pu être le cas pour le primaire récemment.

Romain Chardan.

Réanimation – Grasse – Fermeture annoncée : « C’est insensé ! »

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2294, Social on 23 septembre 2011 at 10:54


Les menaces sur la fermeture du service de réanimation de l’hôpital de Grasse se précisent. Les documents préparatoires à la réorganisation régionale des services de santé, sont clairs et indiquent bien qu’il ne doit rester dans le bassin Cannes-Grasse qu’un seul service de réanimation. Entretien avec Patrice Cattaert, représentant du syndicat hospitalier CGT de Grasse.

 

Pensez-vous que cela peut être vraiment envisageable ?

« D’abord, le nouveau schéma régional de l’organisation sanitaire est dans sa phase de préparation, et tout n’est pas encore défini. Malgré tout, ce projet de ramener à un seul service de réanimation sur le bassin Cannes-Grasse est une réelle volonté de l’Agence Régionale de Santé (ARS). Cette agence, créée avec la loi Hôpital-Patients-Santé-Territoires (loi Bachelot), et après de nombreux mois passés à son installation, est maintenant opérationnelle pour appliquer les objectifs définis dans cette loi votée en juillet 2009 : regrouper, fusionner, supprimer des activités hospitalières pour « optimiser » l’offre de soins, … en réalité, pour la réduire. Dans une seule logique comptable, sans se préoccuper des besoins en santé des populations.

Un tel projet ne peut être envisageable ! L’effet domino sur un bon nombre d’autres activités de l’hôpital (Chirurgie, urgences, maternité, médecines, …) serait considérable. Un bon nombre d’actes médicaux et chirurgicaux ne seraient plus possibles.

Alors que la démographie s’accroît fortement dans ce pays grassois très étendu, et que par conséquent les besoins augmentent, l’hôpital de Grasse se retrouverait en situation de ne plus pouvoir se développer, et même de réduire son offre de soins. C’est insensé !

En tout cas, les grassois et tous les habitants des communes avoisinantes sont fermement opposés à un tel projet et soutiennent ardemment les initiatives telles celles des organisations syndicales CGT et FO du centre hospitalier Grasse ou de notre comité de défense hôpital santé 06 qui organise une réunion publique à Grasse le 22 septembre et lance une pétition adressée au Ministre pour le maintien de ce service au sein de cet hôpital.

Dans plusieurs communes et communautés d’agglomération, les conseils municipaux et communautaires ont déjà voté des motions en ce sens : à Grasse, à Cabris, à Peymeinade, au Tignet, à Pôle Azur Provence, les Terres de Siagne ».

Vous vous êtes très rapidement mobilisés cet été. Avez-vous obtenu des explications ? Un dialogue est-il possible avant que la décision soit entérinée ?

« Dès que nous avons appris qu’un tel projet était en discussion à l’ARS, et connaissant les nombreux ravages ici et là, dans tout le pays, de la politique de santé menée aujourd’hui, sans la moindre concertation, nous nous devions de réagir très vite.

Le directeur de l’ARS, lors d’une visite à Grasse le 2 septembre dernier, a tenu des propos qui peuvent paraître rassurants, en affirmant que « la fermeture n’était pas à ce jour envisagée », tout en rajoutant que « la question de l’évolution de ce service de réanimation reste posée ». Ce discours d’une telle jonglerie ne doit pas tromper les gens. Il n’y a là rien de rassurant ! Ce regroupement des lits de réanimation est bel et bien dans les projets de l’ARS.

Le dialogue n’étant pas le point fort de nos dirigeants ni de leurs états majors -c’est le moins qu’on puisse dire-, et qu’il n’y a aucune garantie que les tout derniers rapports d’activité de la réanimation (en augmentation) remis à l’ARS par la direction de l’hôpital et les médecins de ce service, changent quoi que ce soit dans les choix de l’ARS, nous appelons les usagers à maintenir et amplifier leur mobilisation en signant et en faisant signer la pétition pour le maintien de ce service ».

Propos recueillis par Lidice BUSOT

La Région s’engage pour les jeunes

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2293, Politique on 16 septembre 2011 at 11:10

Le lycée Masséna à Nice a reçu mardi matin la visite de Michel Vauzelle, Président de la région PACA pour une visite des lieux. Celui-ci était venu encourager les élèves mais aussi présenté son « Contrat Autonomie ».

 

« Il faut aider les jeunes ». Pour Michel Vauzelle, les jeunes sont une part très importante de l’enrichissement de la région PACA. Dans cette optique, il prend le temps de visiter plusieurs lycées de la région. Mardi c’est le Lycée Masséna à Nice qui a eu cet honneur. Au programme : une intervention dans deux classes, et la visite du nouvel internat de l’établissement. Tout cela en compagnie de Madame la Rectrice de l’académie de Nice, et d’autres Conseillers municipaux. Une visite qui ravit Loris Boichot, membre du Conseil régional jeune et représentant du lycée : « Cest une fierté pour nous de le voir dans le lycée, ça montre quun représentant élu est proche des gens, et cest un moyen de lutter contre le désintérêt croissant des jeunes pour la démocratie et ce quelle représente ». Créer un lien entre les jeunes et les élus, Michel Vauzelle a bien su faire. Lors de ces deux interventions dans des salles de classe, il n’a pas hésité à rappeler à quel point ils sont importants pour la promotion de la Région. Un président qui a su se faire professeur le temps de quelques minutes, rappelant le principe et le mode de scrutin de l’Assemblée régional, et en moralisant son auditoire: « Vous êtes ici pour apprendre  une profession, mais aussi une éthique, une morale ».

 

Une mesure adaptée

 

50 millions d’euros, c’est le coût de l’opération « Contrat Autonomie », Des offres intéressantes qui ciblent exclusivement les jeunes, le nouveau contrat autonomie de la région PACA en est rempli. Un Pass Culture +  (l’ancien chéquier Ciné-lecture étoffé), un Pass santé-contraception pour une meilleure information sur le sujet, ou encore la distribution de livres scolaires gratuits, voilà quelques exemples sur une dizaine de mesures que comporte le contrat. Mais la nouveauté qui retient le plus l’attention est la carte de transports « Zou études ». Pour 15 euros seulement, les trajets en train domicile-études sont gratuits, et les trajets régionaux basiques voient leur prix baissé de 50%.  Pour Loris Boichot, il s’agit d’un énorme avantage : « Je profite déjà de cette carte et je peux vous dire que je men sers tout le temps, je lattendais avec impatience ». Pour l’année prochaine, le président de la région PACA envisage déjà d’améliorer encore son « Contrat Autonomie ». Formule à laquelle s’ajoutent les 900 millions d’euros pour la rénovation des lycées. Le lycée Masséna a disposé lui-même de 9 millions pour notamment rénover l’internat. Argent investi dans une juste cause selon Michel Vauzelle : « Vous méritez quon vous respecte, et cest pour ça que la région sengage pour vous »

 

Allan Blanvillain

Cantonales : vers une annulation à Nice et Levens

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2293, Politique on 16 septembre 2011 at 11:09

Ce mardi matin au Tribunal administratif de Nice, quatre requêtes pour l’annulation des élections cantonales des 20 et 27 mars derniers étaient examinées.

 

Il s’agissait de requêtes concernant les cantons de Levens, Villefranche s/ mer, Grasse nord, St-Laurent du Var-Cagnes est, Nice 7 et Nice 8.

En ce qui concerne les cantons de Levens et Nice 7, il y a toutes les chances que le scrutin soit effectivement annulé. A Grasse par contre, l’UMP Jérôme Viaud devrait conserver son siège de Conseiller général.

Dans les autres cantons, c’est la droite qui se dispute la suprématie (il s’agit du FN à St-Laurent du Var, du Modem à Nice 8, et de l’UMP à Villefranche).

A Levens, la candidate Front de Gauche Montserrat Collet pointait des irrégularités et le faible écart de 3 voix la séparant du candidat FN. Argument retenu par le représentant de l’Etat qui estime que cela est de nature à semer un doute sur la sincérité du scrutin.

A Nice 7, la socialiste Dominique Boy-Mottard, que seules 16 voix séparaient du candidat victorieux au deuxième tour Bernard Baudin, invoquait des émargements suspects, raturage et autres procurations litigieuses. Griefs recevables pour le rapporteur public. « D’autant, arguait-il, que Bernard Baudin développe une argumentation infondée et inopérante. Il fournit bien 14 attestations mais 17 restent litigieuses sur un écart de seulement 16 voix. Cela nous conduit à soutenir l’annulation des élections. » Pour le candidat UMP, maître Marie-Nina Valli soutenait ceci dit que la jurisprudence voudrait que les voix soient enlevés au candidat arrivé en première position lors de ce premier tour, et qu’il ne s’agit pas de Bernard Baudin, même si celui-ci est arrivé premier au second. Mais ces observations n’étaient qu’orales et ont peu de chances d’aboutir.

Enfin, à Grasse-nord, Paul Euzière se présentait en mars en tant que candidat indépendant. Or, le maire de la ville, soutenant son adversaire UMP Jérôme Viaud, n’a eu de cesse de lui coller l’étiquette du PCF. Dans la presse tout d’abord, mais « aucune disposition ne limite les droits de la presse à prendre position », disait le rapporteur public, et sur ses affiches également où des autocollants du Parti avaient été collés. « Il n’y a pas de manœuvres de nature à altérer le résultat du scrutin. L’écart des voix est important, et la mention PCF n’est pas de caractère injurieux ou diffamatoire », concluait le représentant de l’Etat, appelant au rejet de la requête.

Tous ces dossiers ont été mis en délibéré. Au plus tard dans quinze jours, l’on devrait connaître les jugements rendus par le TA.

R.F.

Tiken, ce héraut !

In Cette semaine dans Le Patriote, Culture, n°2293 on 16 septembre 2011 at 11:05

Tiken Jah Fakoly arrive en interview vêtu d’un pantalon treillis et d’un simple tee-shirt noir où l’Afrique en rouge-vert-jaune prend la forme d’un revolver. Ce chanteur de reggae ivoirien était en concert à Cannes pour sa tournée African Revolution, titre de son dernier album. Très engagé politiquement du côté des sans-voix africains, ses chansons dénoncent depuis 1996 une politique africaine et internationale qui maintiennent ce continent sous le joug des puissants. Pour lui, l’Afrique c’est l’avenir. Durant ce concert très chaleureux à l’énergie positive, plus d’un millier de personnes ont ainsi chanté pour elle.

Quelle importance revêtent pour vous ces concerts en France ?

Il est important de parler un peu de l’histoire du continent africain. Pour une majorité d’occidentaux, l’histoire de l’Afrique commence avec l’esclavage mais avant la colonisation et l’esclavage, il y avait une société en place et une civilisation en marche. Cette civilisation fut capturée par 400 ans d’esclavage et de colonisation. L’Afrique est aujourd’hui dans un processus normal de démocratisation et de développement. Cela ne fait que 50 ans que nous sommes devenus nation. Il faut donner le temps à l’Afrique d’avancer. Elle connait actuellement les difficultés que tous les pays développés ou en voie de développement ont connu : coup d’Etat, corruption, détournement de fonds. Tous les maux qui minent le continent africain ont existé en France. Notre rôle est donc de donner partout dans le monde de vraies informations sur l’Afrique de telle sorte que l’on puisse avoir un autre regard sur l’homme noir ou Africain. Si on avait expliqué la vraie histoire, ce regard n’aurait pas été le même.

Pour reprendre le titre de votre album, African revolution, la révolution doit se faire par l’éducation ?

Oui, il faut réussir à réveiller les peuples pour qu’ils prennent leur destin en main. Une seule personne ne peut pas mener ce combat. C’est ensemble dans un même pays ou dans un même continent que l’on peut gagner tous les combats. Pendant 50 ans, les dirigeants africains ont fait croire qu’ils détenaient le pouvoir. Non, c’est le peuple qui l’a. Mais comme celui-ci est désuni, dispersé, il n’a pas de force. Aujourd’hui, les peuples de la Tunisie, de l’Egypte, de la Lybie se sont levés pour dire non. Or, dans ces pays, on peut voir que le niveau d’éducation est plus élevé qu’en Afrique noire. Celle-ci va forcément se révolter dans 10-15 ans. Les dirigeants ont maintenu le peuple dans l’ignorance avec l’aide des médias d’Etat. Mais aujourd’hui avec internet, la jeunesse découvre que tout ne va pas bien. Au fur et à mesure, les gens vont profiter des réseaux sociaux pour communiquer entre eux et vont faire la démonstration de leur force. La révolution doit donc passer par l’éducation, c’est la clé du développement, de l’éveil.

Vous militez depuis longtemps pour l’annulation de la dette africaine. Cette crise financière que connait l’occident – babylone – c’est pour vous un juste retour des choses ?

Vous savez, il y a plus de 30 ans, Bob Marley disait « Babylone will fall down » Babylone va tomber. C’était une prophétie. Et cela confirme que, vu les problèmes économiques des pays occidentaux, l’Afrique est l’avenir, le futur. Tout y est à faire alors qu’ici tout a été fait. Nous n’avons pas à désespérer, on détient presque toutes les matières premières dont les pays occidentaux ont besoin pour continuer leur business. La Côte d’Ivoire produit 40% du chocolat que vous avez dans vos supermarchés. Avec les 20% que détient le Ghana, 60% de la production mondiale de cacao provient de deux pays africains. Pour le café, les bananes… c’est pareil. L’Afrique est l’avenir et notre rôle c’est de faire savoir à cette jeunesse africaine que sa place est à la maison. Si tout le monde part qui viendra faire notre révolution? On souhaite qu’ils étudient en occident, mais retournent en Afrique car c’est là bas que les choses vont se passer.

Dans votre chanson Vieux père, vous posez le problème de cette jeunesse qui tend la main…

Une jeunesse qui tend la main ne peut pas prendre position. Tant qu’elle aura la main tendue, les politiques leur donneront de l’argent et s’imposeront. Alors qu’une jeunesse qui pense, qui réfléchit, qui essaye de créer des choses, peut imposer ses conditions. Cela me choque en Afrique quand je sors de l’aéroport et que des jeunes me demandent de l’argent, presque agressifs. On ne peut pas faire de révolution avec une jeunesse qui tend la main. C’est un comportement que je dénonce.

En Côte d’Ivoire, les conditions politiques sont réunis pour un renouveau ?

Notre président a récupéré son fauteuil dans des conditions difficiles mais la démocratie a triomphé. Celle-ci donne la parole au peuple. La révolution viendra peut-être dans 15 ans mais pour l’instant, on opte pour la démocratie et on attend de voir si les dirigeants font les choses comme il faut.

En tant qu’artiste, quel rôle avez-vous à jouer ?

Nous devons dire aux populations de se réconcilier et de se parler. C’est ensemble que l’on va gagner tous les combats. En Côte d’Ivoire, il y a le problème des ethnies : 62 réparties en 4 grands groupes. Pendant des années, chacun a lutté pour accéder au pouvoir. Cela ne nous a rien apporté. Dans un quartier populaire, les différentes ethnies et religions vont toutes dans le même hôpital pourri, dans la même école pourrie à 120 par classe. Cela ne sert à rien de se battre entre nous. Il faut se tenir la main pour réclamer de meilleures conditions de vie. L’ennemi du chrétien ce n’est pas le musulman. L’ennemi du Baoulé ce n’est pas le Bété (ethnies ivoiriennes). Voilà ce que nous, artistes, devons leur dire.

Dans vos albums, il y a une dimension pédagogique. Cela a été votre cheminement intellectuel ?

L’album Mangercratie en 96 s’adressait aux hommes politiques africains : « Allez dire aux hommes politiques qu’ils enlèvent nos noms dans leur business, on a tout compris / Ils nous utilisent comme des chameaux dans des conditions qu’on déplore Et nous mènent souvent bateau vers des destinations qu’on ignore ». Cette destination qu’on ignorait en 96 est celle de 2010 où l’on se tapait dessus.

Puis en 99, il y a l’album Cours d’histoire. Dans un pays cosmopolite comme la Côte d’Ivoire, il n’était pas très intelligent de parler de nationalisme et d’ivoirité. Ainsi, j’ai voulu faire un cours d’histoire pour expliquer aux populations que l’on est tous venus d’ailleurs pour peupler ce pays. Puis, je me suis attaqué au mot qui mine notre pays. L’album Françafrique en 2002 ne vise pas que la France mais l’Occident et sa politique.

La colonisation économique ?

On nous a donné une photocopie de l’indépendance en 1960. Une indépendance politique sans indépendance économique, n’est qu’une photocopie d’indépendance. La France et les pays occidentaux ont continué à imposer leurs entreprises à nos dirigeants et tous ceux qui s’y sont imposés ont été soit assassinés, soit éjectés du pouvoir comme Patrice Lumumba au Congo, Kwame Nkrumah au Ghana, Thomas Sankara au Burkina Faso. Et à leur place, des marionnettes ont continué à brader nos richesses. Il était important que j’explique à la population par la chanson pourquoi nous sommes dans cette situation.

Vous ne voyez pas votre travail d’artiste sans engagement politique ?

Je fais du reggae. Et le reggae c’est la musique de l’éveil des consciences, de l’éducation. Le reggae prend position pour les sans-voix qui voudraient s’exprimer mais qui n’en ont pas la possibilité. Donc, même si on ne fait pas de politique, on a l’obligation de la suivre de près pour informer la majorité des populations manipulées par les politiques.

Propos recueillis par Julien CAMY

Derrière les lignes du Front

In Cette semaine dans Le Patriote, n°2292, Politique on 9 septembre 2011 at 10:03

De Hénin-Beaumont à Nice, Jean-Baptiste Malet, journaliste indépendant et actuellement employé par l’éditeur Golias, a plongé dans les arcanes du Front National pendant plus d’un an. Il a rencontré les cadres dirigeants, les opposants, des acteurs locaux et nationaux. Cela ne s’est pas fait sans danger quand il s’invitait incognito au banquet de Rivarol, de Riposte Laïque, au pèlerinage dans la maison natale du Maréchal Pétain ou encore au congrès du Renouveau français au milieu de 300 skinheads. Mieux comprendre son système et ce qui compose ce parti politique pour mieux le combattre. Entretien.

Comment se retrouve-t-on derrière ces lignes du Front ?

Cela fait très longtemps que je travaille sur l’Extrême Droite. Il faut rappeler que je suis Toulonnais. J’ai 24 ans et j’étais collégien quand le FN a tenu la mairie. En PACA, j’ai suivi beaucoup d’évènements d’extrême droite et j’étais à chaque fois frustré que l’on me demande de les montrer en épouvantail ; j’en avais marre de vendre à Rue89 des casque Nazis et des méchants SS.

Dans ce livre, je voulais montrer que dans la construction de l’argumentaire antisémite et islamophobe est similaire sémantiquement. L’antisémite des années 50 ou le négationniste à la Rivarol n’a rien à envier à l’islamophobe « laïcard » actuel. C’est toujours très violent. Et je voulais que le lecteur comprenne cela.

Tout d’abord, on est frappé par la forme narrative de votre livre.

Je lis plus de romans que de journaux, car la plupart me tombe des mains quand je lis ce que je lis ! Je suis particulièrement influencé par les œuvres de Joseph Kessel ou Georges Orwell, des auteurs à la frontière entre littérature et reportage.

Et pour ce livre, je voulais une expérience sensible et un livre qui puisse faire réfléchir tout le monde, du mec de droite pour qu’il ne glisse pas vers le FN, au socialiste pour qu’il s’aperçoive qu’il est plus proche des communistes.

Pourquoi Marine Le Pen semble-t-elle plus inquiétante que son père ?

Marine Le Pen est en train de construire une extrême droite hédoniste et sécuritaire, à mi-chemin entre la société du spectacle et un corpus de valeurs basé sur une organisation stricte.

Elle veut le pouvoir et sur le long terme, elle veut être présidente. Avec la crise que nous traversons actuellement, pourquoi ne pourrait-elle pas y croire ? Pourquoi le système ne pourrait pas s’effondrer. Et quand, on entend Louis Alliot, compagnon de Marine Le Pen, tenir un discours sur la torture en Algérie et la justifiant si c’est face à un terroriste…  On est bord du gouffre.

Pourtant le FN est un parti artisanal qui n’a pas 1/10ème de la force de frappe du PCF.

La meilleure arme du FN est donc cette société du spectacle ?

Oui, et les médias ont leur part de responsabilité. D’autant que le FN est en pleine schizophrénie médiatique. Pour exemple, Vénussia Myrtil, transfuge du NPA au FN, en décalage sur de nombreux points avec les véritables idées d’extrême droite a été très médiatisée parce qu’elle a créé du spectacle. Or, elle est juste là pour l’image. Je discutais avec un skinhead, militant du FN, très en colère : « Moi, je suis d’extrême droite. Je lis Brasillach et moi, on ne m’invite pas. »

Il faut donc trouver autre chose que « FN Fasciste ». Car cela empêche la déconstruction intellectuelle de leur discours qui pourrait alors éviter que l’ouvrier vote pour eux. On pourrait presque dire qu’agiter la photo d’un élu FN faisant le salut Nazi, les sert dans un certain sens.

Comment la gauche peut agir face à cette montée des idées d’extrême droite ?

Le FN grandit des faiblesses dans la gauche et on retrouve des éléments de critique dans mon livre. Il y a une remise en question de la gauche par rapport à la stratégie militante. Ca ne se joue pas dans les urnes. S’indigner pendant les élections, c’est bien, mais il faut être tout le temps sur le terrain. Travailler dans une association de bénévoles, c’est déjà se positionner politiquement contre le FN. Cela détruit leur matrice de la haine du faible. Il faut rappeler qu’il n’y a aucun ouvrier dans l’encadrement du FN.

Pourtant, de plus en plus de classes populaires votent pour eux ?

Les configurations sont différentes selon les régions. En PACA, c’est un FN plus traditionnel composé par les classes moyennes (artisans, petits commerçants). En Nord-Pas de Calais, c’est l’inverse. La classe ouvrière pauvre vote beaucoup pour le FN. D’ailleurs le contraste entre la bourgeoisie lilloise [centre-gauche] et Hénin-Beaumont, région ravagée économiquement et nouveau fief du FN, est saisissante.

Pourtant, à Loos-en-Gohelle (voisine d’Hénin Beaumont), la mairie Europe-Ecologie donne un espoir en essayant de responsabiliser les gens avec la démocratie locale, la participation citoyenne. Il a réussi à dépasser les erreurs du PS et du PC dans le bassin minier en faisant la synthèse des arguments de gauche.

Le changement discours plus social et « laïcard » du FN pourrait expliquer cela…

Dans mon livre, je m’entretiens longuement avec Jean-Luc Mélenchon. Pour lui, c’est un retour aux fondamentaux des années 30 et le national-socialisme rouge-brun.

C’est encore plus inquiétant !

Oui, et c’est pour cela que Jean-Luc Mélenchon répond à leur argument point par point sans posture morale. Il est le seul à le faire. Il ne se contente pas de dire que le FN est fasciste, il déconstruit les arguments un à un et on se rend compte que rien n’est applicable dans leur projet politique.

Ce week-end, le FN fait sa rentrée à Nice. Cette ville est sur leur tableau de chasse ?

Si Marine Lepen vient à Nice, ce n’est pas un hasard, L’encadrement du FN pense que Nice est une ville à sociologie d’extrême droite. La force politique de Jean-Marie Le Pen, c’était de pouvoir passer l’éponge en interne pour avancer. Sa fille suit ce chemin.

Vous voulez parler des discussions entre FN et Identitaires Niçois ?

Le courant passe avec Philippe Vardon et ils veuillent travailler ensemble sur la ville. Il y a un think-tank [laboratoire d’idées] d’extrême droite qui se réunit régulièrement à Nice. Ce ne serait pas étonnant qu’il y ait un accord sur les législatives et une candidature commune d’extrême droite aux municipales de 2014.

Entretien réalisé par Julien Camy

Conférence de presse à la maison des associations à 16h samedi 10 septembre.

Derrière les lignes du Front

www.golias.fr

– 15euros – 263 pages