La rédaction du Patriote

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Roya : L’intimidation du préfet

In n°2291, Politique on 31 août 2011 at 17:56

A propos du référendum qu’organisent les communes de Breil, Saorge et La Brigue sur l’intercommunalité, le préfet bombe le torse, et passe à l’intimidation.

 

Ces trois communes ont émis un avis défavorable à la proposition du préfet – contrairement à la Communauté d’agglomération de la riviera française (Carf) et aux communes de Fontan et Tende – et avaient décidé d’organiser un référendum local le 4 septembre. « Or, écrit le préfet, il s’avère, comme l’a reconnu le Tribunal administratif de Nice le 13 juillet dernier, que l’élaboration du Schéma de coopération intercommunale est une prérogative qui m’est propre, que les communes sont invitées à émettre un avis simple, que par conséquent elles ne peuvent, dans ce cadre, prescrire l’élaboration d’un référendum. En conséquence, il n’est donc pas envisageable que deux associations dont les instances dirigeantes sont en partie composées d’élus des communes opposées à ce projet, organisent cette consultation dont l’illégalité est établie. Elles n’en ont ni la compétence, ni la possibilité. » Une menace larvée qui n’est pas passée inaperçue dans cette vallée de l’est. Car si les communes ne le peuvent effectivement pas, des associations en ont toute légitimité.

En guise de réponse pratique, un rassemblement avait lieu dimanche 28 août, réunissant à Breil une bonne centaine de personnes, au cours duquel l’idée du référendum a été maintenue. « Entre le respect de la « loi » et la démocratie, nous choisissons la Démocratie », lançait fièrement au préfet Sylvain Gogois, responsable PCF de la Roya. Les associations Roya-citoyenne et Robila, dont le souhait est de bâtir une communauté de communes à l’échelle de la vallée de la Roya, développent leurs arguments : « L’enjeu essentiel est le maintien d’une mairie avec tous ses services de proximité dans chaque village (…). Notre intégration forcée à la Carf-Menton se traduirait à terme par la mise en place de mairies annexes dépendant de Menton et offrant un service minimum. Mais d’autres risques existent comme la privatisation de l’eau, la perte de maîtrise de la gestion des déchets, et celle de l’aménagement de notre territoire, etc… »

La réaction du préfet ne surprend pas dans le contexte actuel. C’est tout le concept des libertés publiques qui est mis à mal avec cette réforme des collectivités territoriales. « Nous avions alerté il y a quelque temps, rappelle le Conseiller général communiste Francis Tujague, sur les dangers que faisait courir la dérive autoritaire du pouvoir actuel et de ses mandataires locaux. Le Préfet des Alpes-Maritimes vient d’en produire une inquiétante illustration. Amplifions l’expression de notre protestation contre cet abus de pouvoir et exigeons que ces consultations puissent se tenir afin que la démocratie locale ne soit pas bâillonnée et bafouée. » Même soutien du côté du Parti socialiste : « Si un préfet, s’offusque Patrick Allemand, peut être fondé à imposer son interprétation de la loi à des communes souhaitant organiser un référendum local, il n’a pas à dicter leur conduite à des associations citoyennes souhaitant conduire une consultation de la population qui n’aura aucune valeur juridique, à moins que celle-ci soit susceptible de troubler l’ordre public. »

L’idée pourtant toute simple développée autour de ce référendum, c’est que ce territoire appartient à ceux qui y vivent, lesquels doivent pouvoir s’exprimer. « Etes-vous favorable à la création d’une communauté de communes de la vallée de la Roya ? » C’est celle qui sera posée aux citoyens dans les habituels bureaux de vote ce dimanche 4 septembre.

R.F.

Des vitamines musicales !

In Culture, n°2291 on 31 août 2011 at 16:29

 Les concerts de septembre à Cannes s’annoncent sous de très bons auspices. Ce rendez-vous vient comme une vitamine C un matin de rentrée.Et en cette période, on avait bien besoin de cette énergie musicale.

Tout commence le mercredi 7 septembre par la voix, le texte et le rythme pour une première soirée plutôt branchée sur l’alternateur hip-hop. Saul Williams, découvert dans le film Slam (1998), s’affirme peu à peu comme une voix indépendante du trip-hop-slam et dont les performances scéniques sont toujours remarquées. Car il n’est pas resté cantonné dans son pré carré, il est allé voir si l’herbe était aussi verte du côté du pop-rock, du blues, de la new-wave, comme son dernier album en atteste. Puis suivront les trublions français de Stupeflip. Toujours à visage caché et en totale indépendance des maisons de disques, ils viennent de sortir un de leurs meilleurs albums et un des meilleurs de 2011. Leur hip-hop ne ressemble à rien de connu et s’ils font sourire par leurs paroles complètement disjonctées, ils ne sont pas là pour faire rire. Bien au contraire. Soigneusement arrangé musicalement, véritable travail d’orfèvre, leur nouvel opus est un pur régal dans lequel on découvre toujours de nouvelles choses, de nouveaux sons et de nouveaux mots et avec lequel, surtout, Stupeflip continue à construire un univers hargneux, désenchanté, poétique, rythmique… Sans concession et terriblement surprenant. Ils sont rares sur scène car ils disent ne pas trop aimer cela. On sera d’autant plus heureux d’y être.

Le jeudi, le palais bougera au rythme du reggae. On se demande d’ailleurs comment la sécurité pourrait éviter de petites fumeroles bleues de s’élever dans la salle. Drunksouls tout d’abord et leur rythmique reggae assez mainstream s’étirant vers le funk-pop. Ces français proposant des textes engagés feront un excellent préambule au concert de Tiken Jah Fakoly. Le chanteur ivoirien sera enfin dans la région après avoir du annuler son concert à Nice pour des raisons politiques en début d’année. En effet, la Côte d’Ivoire était alors en plein conflit suite aux élections présidentielles. Car Tiken Jah Fakoly est devenu en quelques années une voix africaine très importante tant dans la chanson que dans l’expression d’un mal-être social, humain et sociétal. Dès le début, son travail musical, reprenant les traces d’Alpha Blondy, s’est intéressé par ses textes à refaire l’histoire de l’Afrique. Certains titres de ces albums attestent de cet engagement Mangercratie (1996), Cours d’histoire (1999), Françafrique (2002) jusqu’à son dernier African revolution. Proposant un reggae si africain mais aux influences de plus en plus larges, les concerts de Tiken Jah Fakoly sont toujours des moments très forts de partage, de réflexion et d’engagement humain.

Le dernier soir, Killtronic ouvrira la scène avec un rock aux pointes électro pour surtout laisser la place aux Stranglers. Groupe mythique des années 70-80, ils continuent d’envoyer les watts avec leur punk rock plein d’assurance et de résonnances reggae (« Peaches ») ou plus pop postpsyché (« Golden Brown »). Les Stranglers, c’était et c’est toujours une époque et un univers sur le fil du rasoir.

JC.

 Les 7, 8 et 9 septembre au Palais des festivals de Cannes

Infos billetterie : 04.92.98.62.77